L’Etoile Noëliste, l'histoire

C’est au XIXème siècle que naissent les journaux enfantins. Selon Georges Sadoul (1), ces journaux vont peu à peu remplacer les images populaires (dites d’Epinal) qui faisaient la joie des enfants ! Cependant, alors que la presse enfantine balbutiait ses premiers articles pour les plus riches d’entre eux, les images d’Epinal continuaient à être achetées par les enfants moins favorisés.

L’un des premiers journaux édités par Louis Hachette, intitulé La semaine des enfants (sous-titré Magasin d’images et de lectures amusantes et instructives), apparaît pour la première fois dans les kiosques en 1857. S’adressant « aux pères et aux mères de famille », l’éditeur fait part de ses intentions dans son premier numéro : « La Semaine des Enfants, destinée à amuser ses jeunes lecteurs en les instruisant, excitera vivement leur curiosité par des récits intéressants et par de belles gravures, et fera ainsi tourner leur ardeur pour le plaisir au profit d’un enseignement, très élémentaire sans doute, mais utile pour le présent et fécond pour l’avenir. » De grands dessinateurs illustreront les récits : Gustave Doré, Emile Bayard et bien d’autres encore !

Dans le Petit courrier du CERP(2), Michel Manson relevait dans l’ouvrage de Madame de Genlis Les veillées du château, paru en 1782, la futilité de dépenser des sommes importantes pour un objet complètement frivole et qui seraient bien mieux employées à faire la charité. Toujours dans ce texte, Michel Manson rapporte cet extrait de l’ouvrage L’ami des enfants, d’Arnaud Berquin(3), rédigé en 1782-1783 : « Il est plus utile des faire des vêtements pour les petits enfants pauvres que pour sa poupée

L’influence catholique

Ces quelques mots nous placent au cœur de notre sujet : l’Etoile Noëliste est un magazine d’influence catholique. En fait d’influence, il faudrait plutôt écrire d’obédience catholique car il est fortement ancré dans un discours de moralisation et de bonne vertu.

Il ne sera pas le seul dans ce cas.

Les éditions La Maison de la Bonne Presse sont créées en juillet 1873 par le père Emmanuel d’Alzon qui, en 1845, avait fondé la communauté des Augustins de l’Assomption approuvée par Rome en 1857. Le premier précepte de cette congrégation est l’amour du Royaume de Dieu qui est décliné en trois grandes idées : l’unité, la vérité et la charité. Ce qui accordait à ses membres une plus grande liberté, dans la mesure où ils n’étaient pas consignés dans une tâche particulière.

Avec l’édition, le père Emmanuel d’Alzon va pouvoir satisfaire ses deux projets : l’enseignement et le pèlerinage. En fait, la presse est un moyen d’atteindre un maximum de personnes et ainsi de les guider vers un chemin de spiritualité.

Leur premier journal est Le Pèlerin puis viendra La Croix, suivis par d’autres. A l’origine Le Pèlerin et La Croix contenaient des messages et des informations principalement axés autour de la vie chrétienne mais à partir de la fin des années 1960, les sujets d’actualité sociale et politique y sont progressivement insérés, élargissant ainsi le lectorat de ces publications.

Cependant, 1905 arrive et l’Etat se sépare de l’Eglise. S’ensuit une période assez floue pour la congrégation des Augustins qui est spoliée de ses publications. Celles-ci leur seront cependant restituées par la suite.

La Bonne Presse change de nom en 1969 et prend le nom d’une de ses anciennes revues, Bayard Presse, ce qui lui permet de conserver ses initiales d’origine.

Naissance d’un journal

Le journal l’Etoile Noëliste voit le jour en 1914. Il s’adresse aux jeunes filles de 6 à 14 ans. Il est la suite de Le Noël lancé en 1885 qui s’adressait, quant à lui, aux fillettes comme aux petits garçons !

L’Etoile Noëliste oriente les jeunes filles vers une vie remplie de spiritualité. Tout le contenu est emprunt de messages de charité, d’obéissance à ses parents, de partage avec ses frères et sœurs, etc. Il y a aussi un agenda de la vie chrétienne et des informations sur les groupes de jeunesse catholique.

Arnaud Berquin, que l’on a rencontré plus haut, aurait été en adéquation avec cette revue, lui qui écrivait dans son livre : « Cet ouvrage a le double objet d’amuser les enfants et de les porter naturellement à la vertu. »

Un exemple : dans le numéro 528 du 19 juin 1924, les titres des rubriques sont très évocateurs : A vous Cadettes qui est une sorte de courrier des lectrices et signé par L’Etoile, Dans l’épreuve qui est le récit de la rédemption de la fille d’un bandit cruel, L’aventure de Jacques, jeune garçon qui, par son courage, sa ténacité et sa foi trouvera un travail auprès d’un riche cowboy qui prendra sous son aile l’enfant et sa maman ; A travers le monde est un cours de sciences et vie qui étudie le monde animalier et les populations dont s’occupe la Congrégation des Augustins, La biche Bleue, pièce de théâtre où l’enfant communique avec Dieu à travers les animaux, la bande dessinée Comment vient une vocation, les aventures d’un jeune homme qui grâce à sa foi deviendra porcher, puis le roman à épisodes Marie-Espérance, pauvrette qui rencontrera son riche prince charmant.

Que Madame de Genlis serait heureuse de voir que les petites filles du vingtième siècle suivent encore ses conseils et sont éduquées dans la charité et les bonnes manières !

De nos jours, on trouve ces contenus exagérément moralistes et dépourvus de liberté tant la petite fille devait suivre des chemins tout tracés, cependant, les revues pour enfants éditées par Bayard Presse, sont tout à fait inscris dans leur époque. Cependant, aujourd’hui le journal Pomme d’Api, par exemple, parle moins de religion et de foi mais laisse entendre qu’une entité supérieure guide nos gestes et cela dès notre premier âge. Les discours est toujours le même, mais emprunte un chemin détourné et plus en harmonie avec notre temps.

Les aventures de Nadalette

Mais pourquoi parler de l’Etoile Noëliste dans un magazine consacré aux poupées et aux jouets ? Tout simplement parce que le journal, à l’instar de la Semaine de Suzette, avait aussi sa poupée prime : Nadalette !

Nadalette est une poupée de la S.F.B.J dont la taille varie selon les années (certainement dû aux approvisionnements). En 1914, elle mesure 43 cm, en 1920 42 cm, en 1925 40 cm, en 1928 retour à 42 cm, en 1935 39 cm (en avril).

Nadalette porte plusieurs prénoms selon la couleur de ses cheveux ou de ses yeux : Mireille, yeux fixes et toute articulée (prix : 18 francs-Port et emballage: 3Fr 50) ; Mignonne, yeux dormeurs et toute articulée (mains, bras, genoux etc.) (Prix : 24 francs-Port et emballage: 3fr50) ; Mystère, yeux dormeurs (ferme les yeux même en position debout ! précise le journal) (Prix : 35 francs-Port et emballage:3 Fr50). Elles mesurent toutes les trois 42 cm. Nadalette Mystère reçut la médaille d’or du Concours Lépine 1921.

L’Etoile Noëliste fera paraître des patrons de vêtements pour habiller Nadalette et ses sœurs, mais aussi des accessoires pour elle. Cependant la parution de ces patrons n’était pas régulière, car il n’était pas rare de trouver des patrons pour broder des sacs, ou des explications pour décorer des boîtes de dragées, etc. L’important n’est pas la poupée ni ses vêtements, mais de savoir manier les aiguilles et fabriquer des objets nécessaires à la vie… dans la religion. D’ailleurs dans le n°530 du 3 juillet 1924, le journal annoncera clairement : « Chaque semaine, nous donnons ici les travaux que peuvent exécuter les abonnées de l'Etoile Noëliste. Tantôt Nadalette fait son trousseau (une poupée, haute de 0 m. 42 et articulée, sert de mannequin ; tous nos travaux sont préparés selon cette dimension), tantôt Nadalette s'occupe des travaux d'intérieur ou travaille pour les pauvres, tantôt c'est un travail artistique que nous lui mettons dans les mains ».

A la veille de l’entrée en guerre de la France, la revue offrira à Nadalette un frère et sœur jumeaux, prénommés Nadette et Pompon. Il s’agit de Jacky de la SNF. Le journal annonce qu’il proposera des patrons pour les habiller mais la guerre empêchera la parution du journal, qui sera complètement abandonné : il cessera définitivement de paraître en juin 1939.

En conclusion

Il ne serait plus possible d’éditer, l’Etoile Noëliste. Les valeurs qu’il transmettait ne sont plus celles d’aujourd’hui. Ces dernières se consomment comme des biens matériels, beaucoup de gens ne sentent plus investis de devoirs ni de respect envers les autres ; on abuse des droits en perdant ce qui fait de nous des êtres méritants.

Isabelle D.

Sources :

BERQUIN – L’ami des enfants et des adolescents – Limoges – aux éditions Eugène Ardant et Cie – 1884

CHAUVEAU Elisabeth, FALLUEL Fabienne, MERLEN Colette, POISSON Florence - Les poupées dans les périodiques enfantins ou l’éducation des filles en France de 1768 à 1960 pages 7 à 27, in Bleuette et les poupées dans les périodiques enfantins en France de 1768 à 1960 – C.E.R.P – 1984 – Paris – Photos N et B.

CHAUVEAU Elisabeth - Poupées et bébés en celluloïd (1881-1979) Cent ans d’histoire de la poupée Française – Editions du Dauphin – 1991 - CERP

MAYEUR Françoise – L’éducation des filles en France au XIXème siècle – Edition Perrin – 2008 – Format poche – 370 pages N et B sans photos.

SADOUL Georges – Ce que lisent vos enfants : la presse enfantine en France, son histoire, son évolution, son influence, Bureau d'éditions, 1938.

Magazines Nadalette n°528 du 19 juin 1924 et n° 530 du 3 juillet 1924

Tous nos remerciements à Elisabeth Chauveau pour ses recherches sur les tailles de Nadalette et le document sur Pompon et Nadette.

                                                        

(1) Sadoul George – Ce que lisent vos enfants : la presse enfantine en France, son histoire, son évolution, son influence, Bureau d'éditions, 1938.

N.B. : Georges Sadoul (1904-1967) auteur, entre autres, de l’Histoire générale du cinéma.

(2)Manson Michel – Petit courrier du CERP – N° 28 printemps 1992 – in Histoire de la poupée p.5

(3) Arnaud Berquin (1747-1791) est le premier auteur français à s’être spécialisé dans la littérature pour la jeunesse.

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