L'art et la matière

L’art et la matière !

 

Il est bien plus facile d’écouter Elisabeth Chauveau faire sa conférence sur les matières plastiques que de se retrouver devant une page blanche et incroyablement vide de mots !!!

Quel est ce chemin qui nous ramène à nos terribles souvenirs de chimie ?

Comment fait-on pour passer d’une passion dévorante pour les poupées à des formules composées de sombres, très sombres molécules ?

Tout cela ne m’aide pas à écrire le premier mot de mon article !

Je vais donc commencer par ajuster mes pas aux siens et suivre le cheminement de ses idées !

Commençons alors par le début………. Les premières poupées étaient fabriquées avec des matériaux naturels et durs comme le bois, les os d’animaux, leurs cornes, leurs défenses, puis, suivant l’évolution de l’homme, les matériaux se font plus malléables et la terre, les peaux d’animaux ou les tissus sont alors utilisés.

Il serait bien trop long d’énumérer toutes les matières utilisées dans la fabrication de nos « poupettes » : alors faisons un bond dans le temps afin d’arriver directement au milieu du 19ème siècle avec l’utilisation de la porcelaine (composée de kaolin, de quartz, de feldspath et d’eau pure) dans la fabrication des poupées.

Durant ce siècle des lumières, certaines poupées sont également fabriquées en « composition ». Il existe différentes bases à cette fameuse « compo » : le bois, le plâtre, le carton, et la pierre ponce.

Avant d’arriver au sujet qui nous intéresse, il nous reste encore à évoquer les poupées faites en peau (cuir) et tissus, en cire, en papier mâché, et nous arrivons enfin à la découverte du celluloïd !

Je ne reviens pas sur la découverte du celluloïd, car Françoise et moi avons déjà écrit deux textes dans la Section Poupée Avant 60. Il faut juste savoir que l’acétate de cellulose avait été découvert en 1864, (donc avant le celluloïd) mais qu’il était très instable.

Le Celluloïd est composé entre autre, de cellulose et d’acide nitrique mélangé à du camphre. Nitrique, ça n’évoque rien pour vous ? Et oui, c’est aussi un composant d’explosif (Nitroglycérine). C’est pour cette raison que le celluloïd est « explosif » dans certaines situations.

Le celluloïd a pour particularité d’être très léger.

Le sujet sur la photo est un bébé Anel au « cul » plat. C’est à cela qu’on le reconnait car il n’a aucune marque.

Baby de SIC (Caractère)

Elisabeth cite souvent un entretien qu’elle a eu avec Monsieur Convert au sujet de la manière de reconnaitre le celluloïd de l’acétate de cellulose : il lui avait alors répondu « c’est simple approchez votre poupon d’une flamme, si il s’embrase alors C’ETAIT du celluloïd !! ». Ce Monsieur Convert avait surement beaucoup d’humour non ?

Les chimistes ont planché sur ce problème d’inflammabilité et ont découvert l’acétate de cellulose !!

Cette matière est ininflammable certes, mais hélas pour les « ingénus » que nous sommes il porte aussi différents noms…….

La Société Industrielle du Celluloïd (SIC) produira son acétate de cellulose sous le nom de Sicoïd !

La Société Nobel Française redéposera quand à elle le nom Sicoïd pour son acétate de cellulose.

Josette taille 39 Josette taille 46 et taille 11

  

Petitcollin apportera sa pierre à l’édifice avec son Acéloïd.

Invincible

 

Enfin Rhône Poulenc fournira en Rhodoïd plusieurs maisons françaises comme Bella, Raynal, Gégé pour ne citer que les plus connues !! Le nom a été déposé en 1917. RP fabriquera aussi de la Rhodialite (les voitures Norev en sont composées) La différence entre les deux ? Ce sont toutes deux, de l’acétate de cellulose mais le rhodoïd est soufflé tandis que la rodialite est injectée.

Poupée Bella en Rhodialite Poupée Raynal en Rhodoïd

  

Poupée Raynal

 

Les établissements Convert fabriquera du Naxoïd.

Couple de poupons Convert

 

A part la SIC qui a utilisé le Sicoïd dés 1910 pour les jouets, on peut considérer que les autres firmes ont employé le celluloïd jusque dans les années 30, puis ils ont fabriqué avec leur propre production (tout en continuant avec le celluloïd, qui sera abandonné progressivement parce que certain pays, comme l’Allemagne en interdisait l’importation).

Cependant, il est tout de même très difficile de différencier le celluloïd de son dérivé car un modèle a pu être fabriqué dans les deux matières.

Pour avoir une idée de sa matière, il vous suffit parfois de « dater » ce bébé !

Note : Une comète a traversé gentiment ce petit monde du celluloïd : La galalithe.

Obtenue en 1904 en Allemagne par traitement de la caséine du lait au formol. (Caséine durcie), elle été utilisée pour les peignes, manches de couteaux, boutons de porte, dés à jouer, collier, boules de billard. Mais elle a un gros défaut : elle ne supporte pas l’humidité ! Bleuette a eu une tête en galalithe en 1933.

La galalithe ne sera plus utilisée fin des années 30.

Bleuette à tête en Galalithe

Le mot même de celluloïd est de nos jours utilisé à toutes les sauces parce qu’il est encore très méconnu du grand public, alors qu’il faudrait vraiment les différencier !!!!!

Et plus encore dans le cas du Rhodoïd qui est carrément rentré dans le langage usuel comme matière première à part entière !

Les fabriquant de poupées (SFBJ par ex) considéraient, avec un peu de hauteur, ces firmes comme des fabricants de matières premières et non comme des fabricants de poupées.

Ce qui nous amène directement à la matière plastique car elles seront les premières à le fabriquer!

Le « plastique » est utilisé en même temps que les différents « acétates » ……… il ne faut pas croire que les matières telles que l’Acéloïd, Naxoïd etc. ont été abandonnées dés l’apparition du « plastique »…….. L’abandon d’une matière au profit d’une autre se fait progressivement, au gré des changements de machine, des lois etc.

Seul, le celluloïd est complètement interdit de fabrication en 1978.

Nous voila donc dans le 20ème siècle !

Si je vous dis que le polystyrène (PS en abrégé) est le polymère obtenu par la polymérisation des monomères de styrène , vous me répondrez………. «c’est c’la, oui » et vous auriez bien raison !!! Le polystyrène est une matière avec un gout très prononcé pour l’imitation! Il imite tout : le celluloïd, le bois, le verre……absolument tout! Il est présent dans tous les instants de notre vie, sous forme de boitier de cédérom par exemple, ou bien les décimètres de nos chers écoliers, et les peignes ……. alors………..vous le reconnaissez ?

Sa forme la plus connue par nous autres collectionneuses de poupées est le polystyrène expansé que l’on met pour protéger nos dulcinées, lors de leur long voyage par la poste : mais ce n’est pas que cela ! Petitcollin a produit du polystyrène sous le nom de Styrolin, et les allemands sous le nom de Tortulon.

Mais revenons sur les traces d’Elisabeth et découvrons notre fameuse poupée en polystyrène !!!

Poupée inconnue en polystyrène et Poupée Jumeau

 

 

 

         

 Le Polychlorure de vinyle est aussi appelé PVC et parfois par fainéantise Vinyle.

Celui-là, je ne vous le présente pas, il est quasiment présent partout.

Raynal, comme tous les autres fabricants, utilisa beaucoup le PVC pour ces têtes de poupées à cheveux implantés. Il se conserve plutôt facilement et sans grand entretien mais il est aussi franchement décrié par les adeptes de la planète propre, parce qu’ils l’accusent de rejeter de la dioxine et de provoquer des cancers ………. aujourd’hui, on le porte avec plaisir car il nous protège du froid……….. je vous laisse chercher ce que c’est !!!

Le PVC existe également en version durcie. Les premières Barbie en sont les égéries !

Barbie en PVC durci - Cathie de Bella tête et bras en PVC - Dolly de Gégé - Fabienne de Raynal

 

 

Nous arrivons enfin à notre ami le polyéthylène !

Nous le connaissons tous et toutes. Il débarque avec perte et fracas dans nos maisons en prenant la forme d’objet de la vie courante : cuvette, Tupperware, sac plastique etc. et bien sur nos poupées !!!

Tout comme le celluloïd et ses dérivés, il est connu bien avant son utilisation intensive.

Et bien sur il ne remplace pas directement les « anciennes » matières, mais les relègue progressivement dans l’oubli !!

Poupon Petitcollin - Dany de SNF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de conclure notre traversée des matières, nous allons faire un petit détour par les Ets Convert.

Rappelez-vous Monsieur Convert et sa plaisanterie sur le celluloïd !!

Et bien nous le retrouvons encore sur notre chemin …………. avec le Naltène qui est la marque du polyéthylène qu’il produit.

La firme fabriquera des baigneurs en naltène jusqu’en 1983 et aujourd’hui continue encore à en produire sous forme de tubes

Baby de Convert

Pour finir, et bien que j’ai beaucoup apprécié vous torturer avec mes informations sur les matières, nous terminerons par la résine de polyuréthane !

Et oui, comment ne pas aborder la matière qui ravit la nouvelle génération de fans de poupée avec la matière qui compose les BJD ? Je vous ferai grâce des mots savants que j’ai du lire, comme polymère ou caprolactame pour vous parler du polyuréthane dans notre quotidien. On le retrouve dans la colle, les préservatifs, le lycra, les fausses poutres, les éponges en mousse de polyurétane etc. et bien sur nos poupées Ball Jointed doll!

**Scoop** : La première reproduction de Françoise de Modes et Travaux a une tête en résine de polyuréthane !

Jinwoo de Souldoll

Notre petite excursion dans le monde nébuleux des matières est maintenant terminée. Même si cela semble rébarbatif, c’est important de savoir en quoi sont faites nos poupées, ne serait-ce que pour les préserver pour les générations à venir ou pour les restaurer !!

Isabelle D.

Remerciements : E. Chauveau avec qui je suis longuement entretenue.

Céline, Monique B. pour les photos

Bibliographie : E.Chauveau « Les poupées Raynal » « Poupées et bébés en celluloïd »

                       Quid

 

 

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