Bild Lilli

La poupée à corps d’adulte date de la plus haute Antiquité. Elle apparait même comme la plus courante dans l’histoire de la poupée. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle a connu un renouveau, ce qui ne veut pas dire qu’elle avait complètement disparue au cours du XXe siècle. Tout a commencé, au début des années cinquante, en Allemagne où va être créée Lilli.

LA NAISSANCE DE LILLI.

Lilli est née le 24 juin 1952, en République fédérale allemande. Elle n’est alors qu’un croquis sur une feuille de journal. Comme bien des héroïnes de bandes dessinées-- et ce fut le cas de la célèbre Bécassine-- Lilli est un produit du hasard pour combler un vide dans un hebdomadaire. C’est d’abord une caricature créée par un dessinateur de presse, Reinhard Beuthien, qui signait sous le nom de Beuth, et qui travaillait pour un nouveau journal, Bild Zeitung.

A l’origine, Beuthien avait dessiné un bébé, mais, à la demande de ses collègues, il le transforma en une jeune fille grande et mince avec une queue de cheval et une mèche rebelle sur le front. Sous son dessin, il aurait écrit : « Voici Lilli ! ». Ainsi, Lilli, fut créée sans calcul, sans préméditation ni retenue, et d’inspiration totalement libre.

Lilli est une jeune fille/jeune femme provocante, mais inoffensive, aguichante, mais naïve, ultra féminine, mais avec la candeur d’un bébé, toujours à la dernière mode grâce à la collaboration de l’épouse de Beuthien, Erika.

Elle est l’héroïne de petites histoires qui paraissent régulièrement dans le journal. Les dessins sont accompagnés de légendes. Même s’il s’agit d’une Pin’ up, elle reste très sage. En effet, c’est le début des années cinquante et la pruderie des époques précédentes, et ceci, quelque soit le pays, imprègne encore les esprits et il existe encore une réserve, presque excessive, à l’égard de l’image de la nudité. Cette silhouette aguichante ne manque pas d’évoquer des actrices de la Nouvelle Vague comme Brigitte Bardot avec sa poitrine ronde, sa petite moue et ses yeux si naïfs.

LILLI EN TROIS DEMENTIONS

L’idée de donner vie à Lilli séduisait à la fois, le dessinateur et une fabrique de figurines, la société Hausser.

Rolf Hausser était le directeur Technique et copropriétaire de la société O&M Hausser et directeur de la firme sœur Greiner und Hausser GmbH qui produisait des matériaux pour la société Hausser. Toutes les deux étaient établies à Neustadt, près de Cobourg en Haute Franconie. La société Hausser produisait de nombreuses figurines en matière plastique et avait un représentant à Hambourg qui s’appelait Heinz Frank. C’est qui eut l’idée de donner vie à Lilli.

A l’origine, la volonté de produire Lilli en trois dimensions n’était pas associée à celle de produire un jouet. L’objet qu’ils cherchaient à élaborer se voulait « une carte de visite », un « cadeau d’accueil » de la maison d’éditions à remettre aux personnalités présentes sur le territoire allemand ; Lilli Bild était en quelque sorte, l’Ambassadrice du journal.

Max Weissbrodt était un des sculpteurs modeleurs de la société Hausser. Sa compétence et son ingéniosité avait contribué à la réputation de cette entreprise. Aussi, lorsque Hausser fut sollicité pour créer le prototype de Lilli, il répondit qu’il ne donnerait son accord qu’à la condition exclusive que Weissbrodt ait envie de modeler cette figurine. Après s’être renseigné sur la finalité de l’objet, le sculpteur se mit au travail et commença à créer une petite statuette qui fut soumise à Beuthien. Ainsi, trois ans après avoir couché Lilli sur le papier, la pin’up fait son apparition en trois dimensions : il s’agit d’une figurine fixe, à peine ébauchée, montée sur un ressort accroché à une ventouse. En fait, il s’agit d’une mascotte offerte aux abonnés de Bild Zeitung, que l’on pouvait poser sur un bureau, une cheminée ou même sur le tableau de bord d’une voiture. Ce n’est pas encore un jouet, c’est un gadget.

Toutefois, cette figurine ne satisfaisait pas Beuthien qui trouvait qu’elle manquait « de chien ». Weissbrodt compris la critique et créa une nouvelle Lilli, avec un nouveau visage, une silhouette puis séduisante avec un long cou, une poitrine généreuse, une taille extrêmement fine et de longues et belles jambes aux mollets galbés ; le visage a les lèvres pulpeuses, un nez retroussé et des yeux charbonneux qui regardent de côté.

UNE POUPEE A CORPS D’ADULTE

Le 12 aout 1955, la société Greiner et Hausser GmbH, basée en Bavière, lance sur le marché allemand, une poupée à corps d’adulte, en matière plastique de couleur chair. Elle a des cheveux blonds lissés en arrière et retenus par une queue de cheval, une mèche rebelle courre sur son front.

En 1956, Lilli fait son apparition au salon international du jouet de Nuremberg : ce fétiche statique est devenu un jouet, une poupée pour petite fille. Cette poupée articulée est accompagnée d’un trousseau créé par Martha Elise Maar, alors directrice de l’entreprise 3M Puppenfabrik Ma. E. Maar KG.

Cette poupée fut produite d’abord en Allemagne et exportée particulièrement en Suisse et en Autriche. Plus tard, elle fut fabriquée à Hong Kong et l’on rencontre parfois des poupées marquées dans le dos : BILD LILLI/ MADE IN HONG KONG.

Aucune mention de cette poupée n’apparait dans la presse spécialisée française comme Le Jouet français, ce qui laisse supposer qu’elle n’était pas présente au Salon du Jouet de Paris en 1956 ni même en en 1957. Toutefois, certains grands fabricants français qui avaient l’habitude d’exposer au salon de Nuremberg découvrirent cette poupée et surent en tirer profit : ce fut le cas, en particulier, de la société Petitcollin qui, de janvier à mars 1958, proposa une poupée mannequin en quatre taille, de 18 à 42,5cm, ainsi que les Etablissements G. Convert qui produisirent Babette, mannequin de 30cm. Malheureusement, ces entreprises n’avaient pas prévu de trousseau. Ce sera Gégé, qui, quelques années plus tard proposera un trousseau pour sa poupée Mily.

Une nouvelle sorte de poupée était née : après la poupée enfant qui invite au jeu de maternage, la poupée adulte va permettre à l’enfant de se projeter dans un futur proche où la petite fille deviendra elle-même adulte. Toutefois, il est à souligner que la poupée adulte n’a jamais détrôné complètement la poupée enfant qui ne disparaîtra jamais des magasins spécialisés.

LA POUPEE LILLI

Lili est une poupée haute de 30cm, en polystyrène injecté et peint. Elle a les formes très accentuées d’une jeune femme adulte. Elle est montée sur élastique. Ses cils sont moulés et non rapportés, ce qui lui donne ce côté Pin-up aux yeux charbonneux. Sa bouche, close, présente des lèvres pulpeuses peintes. Les yeux sont peints de côté. Les cheveux, en matière synthétiques sont insérés dans la tête de manière à former une couronne, bloquée par la calotte, et coiffés en queue de cheval. Elle a une mèche rebelle sur le front. La plupart du temps, elle est blonde, mais il existe des Lilli brunes ou rousses. Elle porte des boucles d’oreille moulées

La tête, posée sur un long cou, est accrochée aux jambes par un élastique qui passe par un tenon percé, moulé sous la tête et qui entre dans le cou. Les jambes très effilées suivent le même procédé de montage. Les pieds sont très cambrés et munis de chaussures à très hauts talons, moulées et peintes. Des trous, sous la plante des pieds, permettaient de la poser sur un socle. Les bras également attachés avec un élastique sont montés sur rotule, ce qui leur donne plus d’aisance dans les mouvements.

Elle a une taille très fine et une poitrine proéminente.

Lilli a également été produite en petite taille de 18cm avec les mêmes caractéristiques.

EPILOGUE

Au cours de l’été 1956, un couple d’Américains, Elliot et Ruth Handler accompagnés de leurs enfants, Barbara et Kenneth, effectuent un voyage en Europe et plus particulièrement en Suisse et en Autriche. Ce couple américain possède une petite entreprise qui fabrique des accessoires pour poupées. C’est en 1945 que Harold Mattson et Elliot Handler commencent à fabriquer des meubles pour poupées. En associant les premières syllabes de leur nom et prénom, ils créent la Société Mattel. Mattson quitte très vite son associé et c’est avec son épouse qu’Elliot Handler va continuer son activité à Hawthorne en Californie. Ruth Handler essayait désespérément de créer une poupée à corps d’adulte. C’est en flânant dans les rues de Lucerne que Ruth Handler est attirée par six poupées à silhouette d’adulte habillées en costume de ski. Sa fille, Barbara, âgée de quinze ans avait passé l’âge de jouer à la poupée, mais désirait en acquérir comme objet décoratif. Le lendemain, elles en rencontrèrent d’autres à Vienne, en Autriche, mais habillées différemment. Ce jour là Ruth en acheta deux, une pour sa fille et une pour elle ! C’est ainsi que Lilli entra dans la famille Handler !!!

Désormais, c’est la société Mattel qui va développer ce produit sans se préoccuper des droits déposés autour de la poupée Bild Lilli : droit de licence, droit de brevet d’invention, de protection… Sans scrupule Mattel a copié la poupée allemande et a produit cette poupée sous le nom de Barbie. Mais là commence une autre histoire…

Entre 1955 et 1964, ce sont environ 130 000 exemplaires de la poupée Lilli qui furent vendues dans le monde. La fabrication de cette poupée par la firme Hausser prit effectivement fin avec la vente des droits en février 1964, signée à Frankfort avec la société Mattel.

Pour la petite histoire, Beuthien aurait reçu 50 000DM pour le copyright de Lilli par la société Mattel

Bibliographie

HANQUEZ-MAINCENT Marie-Françoise, Barbie, Poupée Totem, entre mère et fille, lien ou rupture. Editions Autrement, 1998, 245 pages

HANQUEZ-MAINCENT Marie-Françoise, De la petite histoire à l’Histoire : la poupée Barbie, in Festival d’Histoire de Montbrison, 26 septembre au 4 octobre 1998, A quoi joue-t-on ? Pratiques et usages des jeux et jouets à travers les âges, pages 361 à 370.

Bild Lilli de 18cm

Photo: Brigitte G. - Isabelle D. - Elisabeth C.

Texte : Elisabeth Chauveau

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